Le lexique de l’extime
Les mots de la maison, de la psychanalyse et du tapis. Ceux qu’on emploie ici sans toujours les expliquer.
A
- Abrash tapis
Variations de teinte visibles dans le champ d’un tapis noué main, dues aux bains de teinture successifs de la laine. Loin d’être un défaut, l’abrash signe la main et le temps : aucun tapis industriel n’en porte.
C
- Cartel maison
Au musée, la petite étiquette qui accompagne une œuvre : son nom, sa matière, ses dimensions, sa provenance. Sur chaque fiche de la maison, le cartel dit ce que la pièce est ; le revers dit ce qu’elle raconte.
Voir aussi : Revers
- Chaîne et trame tapis
Les deux systèmes de fils qui forment l’armature d’un tapis. La chaîne court dans la longueur, la trame la traverse ; les nœuds sont serrés sur la chaîne, rang après rang. Les franges ne sont que les fils de chaîne laissés libres.
Voir aussi : Nœud asymétrique
- Curateur maison
Celui qui choisit, rapproche et prend soin des œuvres. Le mot vient du latin curare, soigner : il s’agit, ici, de « soigner » une intimité extérieure.
Voir aussi : Présentation de la maison
E
- Enveloppe maison, psychanalyse
En architecture, tout ce qui clôt la maison : les murs, le sol, le toit. Pour Freud, le moi est d’abord un moi corporel, la projection d’une surface ; Didier Anzieu en a tiré le Moi-peau (1985). La maison y accroche ses pièces.
Voir aussi : L’Ambiance
- Extime, extimité psychanalyse
Néologisme de Jacques Lacan, dans son séminaire L’éthique de la psychanalyse (1959-1960) : ce qu’il y a de plus intime en nous se tient au dehors. Jacques-Alain Miller en a fait l’objet d’un cours entier en 1985-1986. La maison en tire son nom : un objet extérieur où quelque chose de soi se reconnaît.
Voir aussi : Objet a
F
- Fenêtre maison
L’ouverture sur le monde : ce qui permet de voir en dehors de chez soi, et là où l’on est vu par l’autre. La maison y range ses écrits.
Voir aussi : Le Bureau
G
- Gol-o-Morgh tapis
« Fleur et oiseau », en persan. Motif où des oiseaux se posent parmi des branches fleuries, fréquent dans les tapis de Qom. Il a pour voisin le Gol-o-Bolbol, « la fleur et le rossignol ».
Voir aussi : Tapis persan Qom
L
- Lettre psychanalyse
Dans son séminaire sur « La Lettre volée » d’Edgar Poe (1956), Lacan conclut qu’une lettre arrive toujours à destination. On l’entend aussi : l’être.
Voir aussi : La Lettre
M
- Maktoub voyage
« C’est écrit », en arabe : le destin compris comme ce qui serait déjà écrit. Le Petit traité sur le destin et le voyage met ce mot à l’épreuve dans la médina de Fès.
Voir aussi : Petit traité sur le destin et le voyage
- Masque maison
Ce qui couvre et, du même geste, montre. Pour la maison, les objets sont des « masques » qui habillent notre vide intérieur pour donner corps à l’indicible.
- Médaillon tapis
Motif central, en losange ou en rosace, autour duquel s’organise tout le champ du tapis. Il appelle le regard au centre, comme un point d’appui.
Voir aussi : Tapis persan Moud
- Mina Khani tapis
Motif de rosettes florales reliées entre elles par un réseau de losanges, qui peut se répéter sans fin dans le champ. L’origine du nom reste discutée.
Voir aussi : Tapis persan Moud
N
- Naïn tapis
Ville du centre de l’Iran réputée pour ses tapis très fins, en laine souvent rehaussée de soie. L’usage les désigne par le nombre de brins des fils de chaîne, en « La » : 4 La, 6 La, 9 La.
Voir aussi : Tapis persan Naïn, nouage 9 La
- Nœud asymétrique tapis
Dit persan, ou senneh. Le fil de laine entoure un fil de chaîne et passe librement sous le suivant ; il permet des dessins plus fins et plus courbes. Le nœud symétrique, dit turc, enserre les deux fils.
Voir aussi : Chaîne et trame
- Nom-du-Père psychanalyse
Chez Lacan, le signifiant qui fait tenir l’ordre symbolique : la loi qui sépare, qui nomme et qui oriente le désir.
Voir aussi : Petit traité sur le destin et le voyage
- Nouage maison, psychanalyse
Le geste du noueur, qui serre un à un les nœuds d’un tapis. Chez le dernier Lacan, le nouage dit aussi comment tiennent ensemble le Réel, le Symbolique et l’Imaginaire, figurés par un nœud borroméen. La première collection de la maison porte ce nom.
Voir aussi : L’Ambiance
O
- Objet a psychanalyse
Chez Lacan, l’objet cause du désir : non pas ce que l’on désire, mais ce qui, en manquant, fait désirer. Aucun objet du monde ne le comble ; certains, pourtant, en gardent la trace.
Voir aussi : Extimité
R
- Revers maison
Le dos d’un tapis montre la vérité du nouage : chaque nœud y est visible. Sur les fiches de la maison, le revers est le récit du curateur, ce qu’il perçoit de l’intimité de l’œuvre.
Voir aussi : Cartel
S
- Salon maison
La pièce des rencontres fortuites, où l’artiste creuse ce qui l’anime dans son art ; le curateur écoute.
Voir aussi : Le Salon
- Seuil maison
L’entrée de la maison, et de ce site : le lieu exact où le dedans s’aventure au-dehors.
Voir aussi : Le Seuil
- Sinthome psychanalyse
Ancienne graphie de « symptôme », reprise par Lacan dans son séminaire de 1975-1976 consacré à Joyce : ce qui, chez un sujet, fait tenir le nœud quand il menace de se défaire. Une œuvre peut avoir cette fonction.
Voir aussi : Nouage
